Amédée Larrieu, sa place, sa fontaine…
À la pointe des rues de Belleville et de Belfort, la place Amédée-Larrieu mérite que tu ralentisses pour regarder sa fontaine, ses façades et cette curieuse…
À la pointe des rues de Belleville et de Belfort, la place Amédée-Larrieu mérite que tu ralentisses pour regarder sa fontaine, ses façades et cette curieuse géométrie de quartier. Ancienne place de Pessac, elle a aussi accueilli le marché couvert de Belleville, dont le souvenir éclaire encore sa vocation de lieu de voisinage. Son nom raconte une famille liée à l’histoire bordelaise, tandis que la figure de Burdigala transforme la fontaine en récit sculpté. Voici comment lire cette place discrète, entre patrimoine, circulation quotidienne et mémoire locale.
Une petite place qui ne se livre pas au premier passage
La place Amédée-Larrieu se comprend moins comme une destination monumentale que comme une articulation entre plusieurs rues. Sa forme en pointe lui donne une présence particulière : elle apparaît progressivement, prise entre les façades, les trajectoires des riverains et les mouvements ordinaires du quartier.
En arrivant par la rue de Belleville ou la rue de Belfort, tu ne découvres pas une vaste esplanade conçue pour les foules. La place reste à l’échelle du voisinage. C’est précisément ce qui fait son intérêt : un monument très composé occupe un espace urbain contenu, presque domestique par comparaison avec les grandes places bordelaises.
La fontaine attire d’abord l’œil, mais le décor qui l’entoure compte tout autant. Les immeubles définissent une sorte de salle à ciel ouvert, irrégulière et traversée. La pierre blonde, les devantures et les perspectives latérales empêchent le regard de se fixer sur un seul axe. Ici, Bordeaux ne cherche pas la symétrie parfaite.
Cette disposition révèle aussi les limites du lieu. La circulation et les usages quotidiens peuvent rendre la contemplation moins paisible qu’au fond d’un jardin. La place reste un morceau de ville actif, pas un décor isolé derrière une grille. Il faut accepter ce frottement entre patrimoine et vie courante pour l’apprécier.
Le bon réflexe consiste à commencer depuis la pointe des deux rues, puis à avancer vers la fontaine. Tu perçois ainsi la façon dont le monument ferme la perspective avant de découvrir ses reliefs. Quelques pas de côté suffisent ensuite à faire changer toute la composition.
Avant Amédée Larrieu, la place de Pessac et le marché de Belleville
Le passé de la place est d’abord celui d’un carrefour utile. Avant de porter le nom d’Amédée Larrieu, elle était connue comme place de Pessac, en référence à l’ancienne voie voisine qui conduisait vers cette direction.
Ce premier nom paraît presque banal, mais il dit beaucoup de la formation de Bordeaux. Les quartiers ne se sont pas dessinés uniquement autour des monuments officiels. Ils ont grandi le long de chemins, de barrières et de routes reliant la ville à ses alentours. La toponymie conservait alors la destination du trajet, comme une indication donnée aux passants.
Un marché couvert, appelé marché de Belleville, occupait également la place. On y venait pour les produits du terroir et pour les achats du quotidien. Sa présence inscrivait le lieu dans un réseau de proximité : habitants, marchands et producteurs se retrouvaient là, loin de l’image plus cérémonielle que la fontaine donnera ensuite à l’espace.
Le marché apportait probablement ce que les halles et marchés de quartier donnent encore à Bordeaux : des habitudes, des horaires partagés et des rencontres répétées. Sans prétendre reconstituer une scène disparue dans ses moindres détails, on peut lire cette fonction dans la situation même de la place. Plusieurs rues y convergent, ce qui convient naturellement à un lieu d’échange.
La disparition de la halle a modifié la manière d’occuper l’espace. Le commerce sous couverture a laissé place à une composition plus ouverte, dominée par la fontaine. Pourtant, les deux histoires ne s’opposent pas complètement. Le marché et le monument ont chacun fait de cette petite place un point de repère dépassant le simple carrefour.
Quand tu t’y arrêtes, garde donc en tête cette superposition. Sous la place patrimoniale subsiste le souvenir d’une place nourricière. Cette lecture évite de réduire Amédée-Larrieu à sa seule sculpture et rappelle que le patrimoine d’un quartier tient autant à ses usages disparus qu’à ses œuvres conservées.
Pourquoi la place porte-t-elle le nom d’Amédée Larrieu ?
Le nom d’Amédée Larrieu relie la place à une famille engagée dans la vie économique, viticole et publique bordelaise. Il ne s’agit pas d’une appellation choisie au hasard, mais du résultat d’une histoire de transmission, de mémoire familiale et de legs à la ville.
La famille Larrieu possédait le château Haut-Brion. Amédée Larrieu en avait hérité après son père, Joseph, banquier qui avait acquis le domaine. Cette propriété place la famille dans une histoire bordelaise où la ville, la vigne et les fortunes privées entretiennent des liens étroits.
Amédée Larrieu exerça aussi des responsabilités publiques en Gironde. Son parcours dépassait donc la gestion d’un domaine viticole : son nom appartenait à la fois au monde des propriétés bordelaises et à celui de la vie politique locale. Cette double dimension aide à comprendre pourquoi sa mémoire a pu s’inscrire dans l’espace urbain.
Après lui, son fils Eugène prit la tête des propriétés familiales. C’est également Eugène qui choisit d’honorer son père par un legs à Bordeaux. En contrepartie, la ville devait reconnaître un don artistique de la famille et faire édifier une fontaine sur la place qui portait déjà le nom d’Amédée.
Ce mécanisme peut sembler très éloigné de la vie du quartier. Il explique pourtant directement ce que tu vois aujourd’hui. La fontaine est à la fois une œuvre publique et un monument de mémoire privée, offert à la ville sous certaines conditions. Elle matérialise une négociation entre générosité, reconnaissance et inscription durable d’un nom dans Bordeaux.
Cette origine invite à conserver un regard lucide. Un monument commémoratif ne raconte jamais toute une époque à lui seul. Il sélectionne une mémoire, la met en scène et la rend visible. Pour comprendre la place, il faut donc regarder la fontaine tout en se demandant ce qu’elle célèbre, qui a souhaité cette célébration et comment le quartier se l’est ensuite appropriée.
Burdigala : toute une fable dans la fontaine

La fontaine ne se contente pas d’orner la place : elle met Bordeaux en scène sous la forme d’une allégorie. Burdigala, nom ancien de la ville, devient ici un personnage autour duquel s’organise tout un récit sculpté.
Lire la figure centrale
La figure principale domine naturellement la composition. Elle ne représente pas une Bordelaise précise, mais une ville personnifiée. Ce procédé permet de donner un visage à Bordeaux et de réunir, dans une même image, plusieurs dimensions de son identité.
Burdigala doit être regardée comme une idée mise en volume. Sa position, son attitude et la manière dont les autres formes se distribuent autour d’elle établissent une hiérarchie. Le centre incarne la cité ; le reste de la fontaine développe les activités, les richesses ou les forces qui lui sont associées.
Cette personnification peut paraître solennelle. Elle devient plus intéressante lorsqu’on l’observe depuis la place, au milieu des usages ordinaires. La ville allégorique surplombe une ville bien réelle : conversations sur le trottoir, portes qui s’ouvrent, vélos qui passent et voisins chargés de leurs courses.
Faire le tour du monument
Une fontaine sculptée n’est pas une image plate. Son récit change selon l’endroit où tu te places. De face, la silhouette générale l’emporte ; de côté, les volumes s’échelonnent ; à l’arrière, des détails moins immédiatement visibles peuvent modifier la compréhension de l’ensemble.
Commence à quelques mètres pour saisir la composition complète. Approche-toi ensuite du socle et des figures secondaires. Regarde les gestes, les objets, les drapés et les rapports d’échelle. Même sans identifier chaque référence, tu verras comment l’œuvre oppose la stabilité de la figure centrale au mouvement des éléments qui l’accompagnent.
L’eau fait partie de cette lecture, même lorsque son débit ou son fonctionnement varie. Elle relie les différents niveaux du monument et rappelle qu’une fontaine n’a pas été pensée comme une sculpture simplement posée sur la place. L’œuvre associe matière, mouvement et espace public.
Une représentation à regarder avec distance
L’allégorie propose une vision choisie de Bordeaux. Elle raconte la cité à travers des symboles valorisants et une mise en scène monumentale. Ce langage appartient à une époque où les villes affirmaient volontiers leur identité par des personnages idéalisés, des références savantes et des décors abondants.
Ce récit ne résume évidemment pas la vie bordelaise. Il laisse de côté les existences ordinaires, les transformations sociales et les tensions qui façonnent aussi un quartier. Mais sa partialité fait partie de son intérêt historique : elle montre comment Bordeaux souhaitait se représenter dans l’espace public.
Évite donc deux lectures trop rapides. La première consisterait à ne voir qu’un joli décor. La seconde serait de demander à la fontaine une histoire exhaustive de la ville. Elle vaut surtout comme document sculpté, avec ses choix, ses silences et son goût prononcé pour la fable.
Regarder la place comme un morceau de quartier
Amédée-Larrieu gagne à être observée depuis ses rues plutôt que séparée de son environnement. Son intérêt vient du dialogue entre le monument, les façades, les commerces et les itinéraires qui relient ce secteur aux boulevards et au centre de Bordeaux.
La rue de Belleville et la rue de Belfort donnent chacune une entrée différente. Selon ton sens d’arrivée, la fontaine peut apparaître comme un fond de perspective ou comme un volume que tu découvres de biais. La place fonctionne ainsi comme une charnière : elle rassemble plusieurs directions sans les effacer.
Cette géométrie produit une sensation assez bordelaise. Une rue apparemment ordinaire débouche soudain sur une œuvre plus théâtrale que prévu. Le contraste entre l’échelle du monument et celle des rues voisines crée la surprise, sans avoir besoin d’un vaste parvis ou d’une longue mise en scène.
Prends aussi le temps de regarder les rez-de-chaussée. Une place vit par ce qui s’y ouvre : portes, vitrines, terrasses sur rue ou locaux transformés au fil du temps. Ces usages peuvent changer, mais leur présence rappelle que le patrimoine n’est jamais détaché de l’économie quotidienne du quartier.
La place n’offre pas forcément le confort d’une promenade entièrement piétonne. Le bruit, les traversées et la circulation réclament de l’attention. Cette contrainte ne doit pas être masquée : la visite demande davantage de vigilance qu’une halte dans un jardin public. Choisis un moment calme si tu veux examiner longuement les sculptures.
Une halte à intégrer dans une balade à pied

La place Amédée-Larrieu fonctionne mieux comme étape d’un parcours que comme but isolé. Elle permet de relier l’histoire des anciennes voies, la mémoire du marché et l’architecture résidentielle de ce secteur bordelais.
Tu peux organiser ta halte en quelques mouvements simples :
- Arrive par l’une des deux rues formant la pointe afin de voir comment la fontaine ferme la perspective.
- Reste d’abord à distance pour comprendre la forme générale de la place et la place occupée par le monument.
- Fais le tour de la fontaine en observant successivement Burdigala, les figures secondaires et le socle.
- Éloigne-toi par l’autre rue pour comparer les deux cadrages et retrouver l’échelle plus ordinaire du quartier.
Ce parcours ne demande ni érudition préalable ni visite guidée. Le plus important consiste à mettre en relation ce que tu vois avec les anciennes fonctions du lieu. Là où s’élevait un marché, une fontaine commémorative raconte désormais la ville par l’allégorie.
Si tu viens pour photographier la place, résiste à la tentation du seul cadrage frontal. Les vues latérales montrent mieux son insertion dans le tissu urbain. Elles font entrer les façades et les rues dans l’image, ce qui raconte davantage Amédée-Larrieu qu’un portrait serré de Burdigala.
Ce que cette place raconte encore de Bordeaux
Amédée-Larrieu montre comment un espace de voisinage peut accumuler plusieurs identités sans perdre son échelle modeste. Place de passage, ancien lieu de marché puis écrin d’une fontaine commémorative, elle rassemble des couches d’histoire que rien n’explique au premier regard.
Son intérêt tient justement à cette discrétion. Bordeaux est souvent lu à travers ses quais de Garonne, ses grandes perspectives et ses façades les plus ordonnées. Ici, le récit passe par un angle de rues, une ancienne fonction commerciale et un monument presque disproportionné par rapport à son environnement immédiat.
La place rappelle également que les noms de rues et de places ne sont jamais neutres. Ils prolongent certaines mémoires, parfois longtemps après que leur contexte s’est effacé. Chercher l’origine d’un nom transforme une simple indication géographique en porte d’entrée vers l’histoire locale.
Il faut cependant éviter d’enfermer le lieu dans son passé. Les habitants, les commerçants indépendants et les passants continuent d’en définir l’usage. Une place patrimoniale réussit moins parce qu’elle serait restée intacte que parce qu’elle demeure lisible au milieu d’une ville qui change.
Amédée-Larrieu mérite donc une halte lente, sans emphase. Sa fontaine ne résume pas Bordeaux, mais elle donne à voir la manière dont la ville a voulu raconter sa puissance, sa mémoire et ses activités. Le conseil le plus simple reste le meilleur : fais le tour du monument, puis regarde les rues autour. La prochaine étape consiste à suivre ces voies ordinaires, là où l’histoire bordelaise se poursuit dans les façades, les commerces et les seuils d’échoppes.
Questions fréquentes
Où se trouve la place Amédée-Larrieu à Bordeaux ?
La place se situe à la pointe formée par les rues de Belleville et de Belfort. Son emplacement légèrement à l’écart des parcours touristiques les plus fréquentés explique en partie sa relative discrétion.
Qui est Burdigala sur la fontaine ?
Burdigala est une personnification de Bordeaux, inspirée du nom ancien de la ville. La figure centrale ne représente donc pas une personne réelle, mais une vision allégorique de la cité et de ses activités.
Pourquoi la place s’appelait-elle autrefois place de Pessac ?
Ce nom venait de la proximité d’une ancienne voie conduisant vers Pessac. Il rappelle une époque où les noms urbains servaient souvent à indiquer la direction prise par les routes sortant de Bordeaux.
Peut-on visiter la place gratuitement ?
La place appartient à l’espace public et peut être observée librement. Comme elle reste intégrée à la circulation quotidienne du quartier, privilégie un moment calme et reste attentif lors de tes déplacements autour de la fontaine.
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À propos de l'auteur
Lucie Darroze
Rédaction en chef · spécialité quartiers de Bordeaux
Journaliste locale passée par la presse quotidienne régionale, Lucie Darroze arpente Bordeaux à pied et en tram depuis douze ans, avec une attention particulière pour les transformations des rues commerçantes. Elle aime comprendre pourquoi une adresse devient un repère de quartier, documenter les gestes des artisans et raconter le patrimoine sans le figer en carte postale.
- ✦ 10 ans en gestion privée
- ✓ AMF certifié
- ✓ Conseil indépendant
- ✓ Suivi 200+ portefeuilles
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